jeudi 9 avril 2015

Jolies plumes #1

Aujourd'hui je partage avec vous un article très spécial.
Certains savent peut-être que, dans mes rêves d'enfant, j'aurais été écrivain. Mais pour l'instant je n'écris qu'ici, et pour moi, sans forcement trouver de thème.
J'ai cependant découvert l'initiative Jolies Plumes qui propose un sujet d'écriture mensuel, à la façon d'une rédaction. J'ai voulu essayer, et je vous le montre ici.
(N'hésitez pas à commenter, toute critique constructive sera grandement appréciée !)

Sujet : Rencontre entre des amoureux d'avant.


«  - C’est toujours bon pour ce soir ? 21h au Cork ?
- Oui bien sûr ! Et cette fois il y aura tout le monde. Marin est rentré ! »


Marin est rentré ? La dernière fois que je l’ai vu, il venait d’avoir son diplôme. Il partait dès le lendemain « pour découvrir le monde ». Son avion décollait pour l’Argentine, et il comptait bien s’installer là-bas, et nous abandonner tous.
Marin est rentré. Alors il faut que je le voie. Il n’a donné de nouvelles à personne. Enfin si, à tous les autres en fait, sauf à moi. Je sais seulement par profils interposés qu’il s’est laissé pousser une barbe il y a quelques mois. La dernière fois que je l’ai vu, il n’aurait même pas pu faire ça. Je crois qu’une éternité s’est écoulée. Une vie entière sans lui et moi. Sans nous. Il faut que je le voie.
Tous ensemble, avec les autres, c’est l’occasion ou jamais ! Avec eux ce genre de soirées se transforment toujours en nuit fugaces, entassés dans des canapés, à mêler whisky et café, sans jamais apprendre la recette de l’Irish Coffee ni connaitre la ligne de Noctiliens qui pourrait nous ramener à la maison.
La dernière fois que je l’ai vu, Marin, c’était après une nuit comme celle-là. Il m’avait annoncé son départ. Il nous avait annoncé plutôt, car il me mettait au courant toujours en dernier. Et moi j’avais bu, plus encore que d’habitude, et j’avais tenté d’oublier qu’il était encore là, pour mieux oublier ensuite qu’il serait parti. Ca n’a pas marché évidemment. Je n’avais jamais passé autant de temps seule avec lui. Nous savions que tout cela ne mènerait à rien alors on ne s’était jamais dit la vérité. Mais il était déjà évident, pour nous deux comme pour les autres. C’est pour ça qu’il faut que je le voie. Et parce qu’à mon réveil, quand le soleil de juin tentait subrepticement une percée entre les immeubles de la petite ceinture, il avait tout fait pour ne pas me parler, ne pas me regarder. Il s’est enfuit comme un voleur. Comme s’il était déjà parti. Je n’ai même pas pu lui dire au revoir. Alors maintenant qu’il est rentré, je dois aller le revoir.


Ca a l’air bête comme ça, ça a l’air simple. Mais tout a changé depuis lors. A l’époque je sortais avec Francis, une belle bêtise qui m’avait empêché d’aller plus loin avec Marin, et aujourd’hui je suis avec Nicolas. Et il n’aimerait pas entendre ça. Il n’aime déjà pas mes amis, ne m’accompagne jamais pour les voir, a même trouvé une excuse pour échapper à ma soirée d’anniversaire. Celle où j’ai vu s’enfuir Marin. Ce soir il me dira de ne pas y aller, de rester avec lui, et peut être même qu’il pourrait ressortir cette chanson, « On s’en fout, on n’y va pas… ».

Mais j’y vais. Je sais très bien comment ça commence de toute façon. Je retrouve les premières filles, les rares demoiselles de mes amis qui savent se préparer en moins de 6h. Les garçons sont quelque part en train de chercher à se garer ou coincés dans un RER… Je me demande toujours pourquoi les mecs de la bande ont à chaque fois tant de mal à atteindre nos points de rendez-vous.
Installée, j’essaye de ne pas boire tout de suite pour réussir à tenir la course malgré mon petit format, et je fume pour compenser. Mes nuits d’été sentent le tabac et le caïpirinha.
Mais quoi après ?
Je sais mon Coeur, cette fois, il ne vaudrait mieux pas que j’y aille. Ce n’est pas mes amis que je vais voir, c’est lui. Et lui, il peut t’évincer. Maintenant qu’il est revenu, ni toi, ni personne, et surtout pas moi ne sommes à l’abri. Et je m’en veux tu sais, parce que je dois te mentir, te dire que c’est juste un soir comme un autre, alors que si tu m’obligeais à rester ici, à ne pas y aller, j’en crèverais. Je ne veux pas te trahir. Mais si ce n’est pas ce soir, ce sera une autre fois. On n’y coupera pas mon cœur, il va falloir affronter ça. Tu sais je ne peux pas m’empêcher de vouloir le voir. Autant lancer les dés tout de suite.
Alors j’y vais. On sera tous ensembles, et tout va bien se passer. Et nous pourrons enfin nous dire tout ce que nous avons encore à nous dire. Peut-être, peut-être que tout reprendra exactement là où nous en étions ?

Nous arrivons en groupe. Pour une fois, tout le monde est à peu près à l’heure. Il est dans l’entrée du bar, à accueillir tout le monde en faisant de grands gestes. J’y vais.
Une bise, pas un mot, pas un regard. Expédiée. Rien. Il y a de quoi être vexée, il m’accueille comme on reçoit un lointain cousin dont on n’a oublié le nom lors d’un mariage. Ou d’un enterrement.
A table, je suis assise à côté de lui et je pense que si même le hasard s’y met il finira bien par me parler. Je parle fort, je rie fort, il devra me remarquer ! Et il parlera.
Ca m’inquiète un peu, mais je n’ai pas tant envie qu’il me parle. En fait, je n’ai rien à lui dire. Je sors, je fume, je reviens. On joue aux fléchettes à l’intérieur. Tout se passe comme s’il n’était jamais parti. Cette personne-là, c’est bien celle que j’ai laissée. Mais je ne la connais pas, plus. Je sais des choses sur lui et pourtant je ne me sens pas proche de lui alors même que je le reconnais dans chacun de ses gestes. Quelque chose est mort. C’est si décevant ! Je pourrais me laisser persuader de partir faire le tour du monde avec le souvenir que j’ai de lui. L’homme que j’ai en face de moi ne pourrait même pas me convaincre de lui offrir un verre. Est-ce qu’il a tant changé ? Ou est-ce que j’ai oublié ? Je ne comprends plus ce que j’avais pu lui trouver. C’est à mon tour de m’éclipser discrètement ce soir. De toute façon, il repart bientôt, et je n’ai pas l’impression qu’il compte me dire au revoir.


2 commentaires:

  1. Il est touchant ce texte, et bien écrit. Merci pour ta participation !

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    1. Bonjour,
      J'ai bien apprécié votre texte, même si personnellement je l'aurais un peu raccourci. J'aime bien sa conclusion, surtout. Cette idée que la vie file, que nous changeons tous, et qu'il y a des moments où tout est semblable et tout est différent.
      Claude Thivet un participant des Jolies Plumes
      http://www.caudethivet.fr | https://www.facebook.com/claude.thivet

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