dimanche 2 août 2015

Jolies plumes #3 : Une intrusion du passé dans le présent

Vous connaissez le principe maintenant, les Jolies Plumes sont des ateliers d'écritures mensuels rédigés et publiés sur un certain nombre de blogs. Même si je n'ai pas l'habitude de participer chaque mois voici ma contribution pour le mois d'Aout



Jusqu'à ce que l'avion décolle, je n'avais toujours pas réalisé ce que j'étais en train de faire.
Ce n'était peut-être pas encore assez réel ou trop improbable. En fait, je n'arrivais pas encore a me convaincre de ma chance. Mais une fois seule dans le terminal, j'ai du me rendre a l'évidence. Je n'étais plus a la maison et je ne pouvais compter que sur moi-même. Alors j'ai sorti ma petite carte et j'ai commencé a regarder autour de moi. J'étais comme un bébé qui ouvre les yeux et voit pour la première fois.



Des centaines de personnes déambulaient en lignes bien droites sur les trottoirs, les immeubles étaient si haut que je ne pouvais en voir la pointe qu'en me tordant le cou, et il y avait des morceaux de forêt surgissant entre les plus haut buildings. Je n'avais jamais imagine une chose pareil. Je m'apprêtais a travailler au Central de Hong Kong !




Au moment de sortir du taxi, j' ai reçu une énorme vague de chaleur. Je me sentais si petite a présent face a cette immense ville, enfermée entre ses si grands immeubles et ses arbres étranges qui poussent sur les pierres jusqu'à escalader les murs. Je ne comprenais pas un mot de ce qui se disait tout autour de moi. Comment peut-on être si seule au milieu d'une foule ?
D'une foule d'inconnus surtout, car finalement ce n'est que ça qui nous rend seuls. L'inconnu. La même paralysie face a l'inconnu qui m'avait pris lors de mon premier jour d'école. Je trouvais les jours de rentrée très importants. Quand on arrive dans un nouvel endroit les premières minutes sont les plus importantes. Pour mon nouveau travail ce serait exactement pareil. Je voulais soudainement préparer ma tenue pour le grand jour et refaire le trajet a l'avance pour être sûre de ne pas me tromper. Tout comme a l'école je devenais a la fois impatiente et inquiète. La même petite fille se demandait si elle serait assez douée, si elle n'allait pas tout foutre en l'air bêtement... Cet endroit si dingue semblait trop lourd pour une enfant timide. Ici, les gens portent des tenues extravagantes et des accessoires de luxe, les immeubles sont démesurement haut et la ville est bâtie entre la mer et de sauvages collines volcaniques. C'était trop.



En marchant le long d'une haute tour dorée comme in lingot, je me suis vue arborer un air fier. Paraître solide, parfait, intouchable, est ce que font les gens qui tentent de cacher leur faiblesse et leur peur. J'étais juste terrifiée. Le moindre objet de surprise trahissait ma carapace. Quoi ? Il faut marcher à gauche dans les couloirs du métro ? Et même sur le trottoir ? En temps normal j'aurais admiré une organisation si précise, si pointilleuse. Mais à ce moment précis il s'agissait de survie et de paraître à l'aise.
Alors j'ai trouvé le bon building, l'étage, la bonne personne. J'ai balbutié en anglais pendant quelques minutes puis la zone m'a semblée sure.J'avais quadrillé l'open space, j' avais vu tout ces sourires... Ces gens censés manipuler des centaines de dossiers, des milliers de data et des sommes d'argent affolantes n'arrêtaient pas de se lancer des vannes et collectionnaient les figurines de Happy Meal. Alors, comme dans la cours de récréation, j'ai marché droit devant moi vers un groupe de collègues et j'ai dit "Je peux jouer avec vous ?"



3 commentaires:

  1. Le parallèle avec le premier jour d'école est tellement vrai ! Je crois qu'on le ressent tous dans une situation inédite ou face à l'inconnu même si, comme tu le dis, on essaie de faire illusion ! ça m'a bien fait sourire d'y repenser :)

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  2. Je suis tout à fait d'accord avec le commentaire précédent, le parallèle avec le premier jour d'école, ou plus largement la découverte d'un monde inconnu avec des yeux d'enfants est vraiment très joli.
    Tu arrives à nous faire voyager et à nous faire retourner en enfance. Bravo!

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  3. Un nouveau poste, une nouvelle ville, c'est intriguant et angoissant en même temps. J'aime aussi le parallèle avec ce premier jour d'école, toutes ces premières fois où il a fallut sortir de soi pour aller vers l'autre. Texte très touchant.

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