samedi 19 septembre 2015

La dérégulation - progrès ou chaos

Attention mes amis, breaking news, le pays va mal ! La France ne serait plus assez attractive pour les investisseurs étrangers. Mes cours de droit regorgent de "lois de simplification" ayant pour unique but de donner à notre système une apparence compréhensible et alléchante pour les étrangers. Alors ça donne quoi ?


Entre le développement international d'Uber et la récente loi Macron portant libéralisation des professions règlementées, il semble que la tendance soit à la dérégulation. 


Commençons par le début : Pourquoi la régulation ? On pense depuis quelques siècles en France que l'Etat doit assurer les droits et surtout la sécurité de ses citoyens. Et pour ce faire, l'Etat crée des règles.
Pour le monopole des notaires par exemple, il s'agissait de s'assurer un service ultra-fiable et surtout un service disponible dans les coins les plus reculés du territoire. Car en effet, si les notaires sont en nombre limité, ils n'ont pas non-plus le choix de la ville, le village, le hameau où ils s'installent. Le nombre de charges notariales et leur emplacement étaient fixé (indirectement) par l'Etat. 
Pour les taxis, c'est pareil. On les répertorie pour vérifier qu'ils ont effectivement le permis, qu'ils savent où ils vont, que la voiture qu'ils utilisent est effectivement assurée et en bon état... Autant de critères qui assurent la sécurité du client. 


C'est un bon système, qui faisait ses preuves jusqu'ici. Mais il avait pour défaut de maintenir des prix élevés (les Taxis doivent rembourser le prix de leur licence, les notaires pratiquent les tarifs fixés par l'Etat... Mais dis donc, c'est facile à changer ça !). Et surtout, ce système ne permet pas la libre concurrence, un nouvel acteur aura des difficultés juridiques à entrer sur le marché.


Hors, nous sommes plutôt libéraux, je parle de libéralisme économique. Et si l'on veut attirer les investisseurs étrangers, il faut entrer dans le jeu de la concurrence. Alors on s'y jette à pieds joints, on dérégule. 

Sauf pour Uber Pop, qui a été refusé en France, tout comme en Espagne, aux Pays Bas, en Allemagne, mais aussi dans de nombreux pays d'Asie.
Les américains ne comprennent pas le problème pourtant. Uber Pop n'a rien fait de mal, ce n'est qu'un système de taxis conduits par des particuliers. Mais voila le problème : ils ne suivent pas la réglementation. 

Alors beaucoup diront, les Américains en tête (puisqu'ils ont autorisé le système notamment à New York) que la régulation des taxis est inutile. La régulation se fait d'elle-même, selon la loi du marché. 
En effet, un service tel qu'Uber se doit de présenter un certain rapport qualité-prix, sinon il perdra ses clients qui retourneront au système antérieur de taxis réglementés.
Mais la technologie actuelle a réglé tous les problèmes que la régulation tentait d'endiguer : les chauffeurs Uber ont le permis puisque c'est la seule règle que pose Uber, et la compagnie leur fourni une assurance collective en plus de la responsabilité civile. Les chauffeurs n'ont plus besoin de connaitre les noms de rues sur le bout des doigts grâce au GPS. Le système de géolocalisation des clients les rends plus efficaces, plus rentables et donc moins chers que les taxis classiques. Bref, ils écrasent le chauffeur de taxi classique sur tous les plans !



Alors pourquoi avoir interdit Uber Pop ? Pour ne pas sacrifier les chauffeurs de taxis qui se sont endettés afin d'acquérir la licence et doivent maintenant la rembourser.
Le plus probable est que le prix de cette licence va progressivement jusqu'à disparaitre, laissant le champ libre à des companies telle qu'Uber.
Peut-être y a - t- il aussi un "petit" problème de fiscalité. Une entreprise comme Uber ou Google (devenu Alphabet et actuellement en procès devant l'Union Européenne) ne paient pas, ou presque pas, d'impôts grâce à leurs structures complexe.



L'Etat en rouge sur cette carte des USA est le Delaware. Etrangement, c'est dans cet Etat que les entreprises décident de se baser. Et en Europe, c'est au Pays-Bas. J'entend comme un écho... "Optimisation fiscale" ?



Il y a un seul point, un point faible, que je n'ai pas évoqué. C'est celui de la sécurité pure et simple. Certains soulevaient que les chauffeurs de taxis avaient plus de chance de se faire agresser que n'importe qui d'autre. Mais je me place ici du point de vu du client qui hésite entre appeler un taxi et utiliser Uber.
Il y a eu un seul et unique cas de viol rapporté, en Inde, par un chauffeur Uber sur une cliente. Evidemment l'homme a été exclu de l'entreprise et livré à la justice. Mais qu'a alors fait Uber pour rassurer ses clients ?  Ils ont créé un bouton d'urgence contactant directement la police en lui donnant la localisation du véhicule. C'est la magie du smartphone.

Générique de la série Silicon Valley, sur la création de start-up informatiques

La dérégulation globale n'est pas un problème en soit dans la mesure où une "Régulation par le marché", complètement autonome prend le relais. Le problème est plutôt que cette régulation passe par Internet, qui reste une immense nébuleuse incontrôlable. 


Incontestablement, la meilleure force des entreprises actuelles est sans doute le système de notation du service, et dans le cas d'Uber du chauffeur individuellement. Un chauffeur désagréable sera noté et sanctionné au sein de l'entreprise, car il altère la réputation de l'entreprise. Le moindre mauvais pas sera rapporté en commentaire à la direction de l'entreprise, qui pourra le sanctionner (et a grandement intérêt à le faire).  
De manière générale, comme je l'avais déjà soulevé dans le cadre de l'économie du partage, tout les commerces liés à internet sont soumis à la notation. Qu'ils se déroulent sur internet comme un achat en ligne ou qu'ils soient juste référencés comme un restaurant. Le bouche à oreille, la réputation, est devenu un simple commentaire d'utilisateur sur Trip Advisor.
Si les commentaires sont mauvais, un commerce peut être détruit. C'est aussi ça, la régulation par le marché. L'appréciation des consommateurs suffit à trier le bon du mauvais. C'est une sorte de sélection naturelle.

La chaîne alimentaire selon Disney ?

Il y a tout de même un risque sur la reliability : ces commentaires, ces notes, sont-elles crédibles ? On peut toujours spammer un service de bons commentaires, tout comme on peut acheter des followers. Et à l'inverse, un client de mauvaise humeur peut ruiner à lui seul une réputation. 

Un nouveau phénomène surgit alors, c'est le lynchage collectif sur internet. On en voit de plus en plus. Mais prenons par exemple le cas du dentiste-chasseur qui a abattu le lion Cecil dans sa réserve naturelle du Zimbabwe. Outre la proportion improbable de la réaction mondiale face à la mort d'un lion dans un pays où les gens ne mangent pas encore à leur faim, on a surtout vu une déferlante de messages haineux. Suivi de commentaires extrêmement négatifs, et sans rapport, sur la qualité du chasseur en tant que dentiste. La récente réouverture de son cabinet a d'ailleurs été une catastrophe. Il n'a trouvé devant sa porte que des manifestants pour la protection des animaux. 

Manifestation du 8 septembre 2015 devant le cabinet dentaire de Walter Palmer

Est-ce qu'il l'avait mérité ? Là n'est pas la question ! C'est à la justice d'en décider. Cette folie de la notation collective, si elle merveilleuse pour réhausser la qualité d'un service (qu'y a - t- il de plus efficace que de demander directement aux clients ce qu'ils veulent ?) est une catastrophe pour la justice.
Les gens se font justice eux-même et infligent des sentences dont ils n'ont probablement pas conscience. L'homme qui a abattu Cecil avait été trompé par des braconniers. Il n'était probablement que partiellement coupable, et la justice a décidé de ne le condamner qu'à une forte amende. Pourtant, il risque de perdre son emploi, sa femme et sa fille (complètement innocentes !) ont été menacées, tandis que les braconniers sont laissés en paix par les internautes. 
Alors on peut s'insurger, biensûr. Mais il faut faire attention aux apparences. Et surtout, aux conséquences de ses mots. Même à distance, même écrit sur une page virtuelle, les mots ont du sens. 

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